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  • Mai 68. L’architecture aussi !

Ce jeudi 17 mai 2018 s’est ouverte l’exposition Mai 68. L’architecture aussi ! à la Cité de l’architecture et du patrimoine. L’occasion de regarder de plus près une spécificité française où l’architecte est artiste avant d’être bâtisseur.

 

Un savoir-faire issu d’une riche tradition culturelle

 

En effet, la formation d’architecte était, avant 68, dispensée en sein des Beaux-Arts. Le mouvement tendant à revoir l’enseignement de l’architecture prend sa naissance dans les années 60. Les pouvoirs publics avaient alors tenté d’accompagner ce mouvement. Ils avaient élaboré un projet de réforme de l’enseignement que Mai 68 rend caduque. Jusqu’au 17 septembre 2018 l’exposition Mai 68. L’architecture aussi ! revient sur les années pivots qui ont rebattues les cartes de la formation architecturale.

Preuve que le mouvement était en marche : dès la rentrée suivante, l’architecture et son enseignement se réinventent hors du cénacle des Beaux-arts. Ce sont en effet de nouvelles « unités pédagogiques d’architecture » (UPA) autonomes qui façonnent désormais les futurs architectes. C’est ce tournant que l’exposition Mai 68. L’architecture aussi cherche à explorer.

La nouvelle génération se fédère d’abord sur le rejet de l’héritage. Elle crée malgré tout de l’idéal et cherche à transmettre quelques références et représentations partagées. « Années tournantes », les années 1968 s’étirent jusqu’au vote, en 1977, d’une Loi sur l’Architecture qui relaie en partie l’agitation pionnière. Son contenu général déplace notamment l’architecture vers le pôle de la qualité alors qu’elle restait marquée par la quantité.

Mai 68. L’architecture aussi – Quels enseignements ?

Comme l’analyse Francis Rambert, directeur de l’Institut français de l’architecture à la cité du Trocadéro, pour Lefigaro.fr, les Français font la différence par leur « analyse d’une problématique complexe à laquelle répond une solution si travaillée, si sensible, si pertinente et si riche dans les détails ». «Pour les Français, un bâtiment n’est pas qu’un bel écrin, ajoute Francis Rambert. Il doit s’intégrer dans le lieu, se nourrir du contexte, se fondre dans la ville. »

Ce savoir-être, proche du ressenti, assure aux architectes français la meilleure place afin de répondre aux problématiques du « vivre ensemble. L’auteure de l’article « Architecture : quand la France dessine le monde« , souligne d’ailleurs que pour elle ce n’est pas hasard si des Français remportent régulièrement les gros projets architecturaux urbains, grâce à leur analyse très fine de l’ADN des villes dans lesquelles ils doivent s’intégrer.

 

Les complexités de l’exception culturelle

L’expo revient justement sur ce besoin qu’ont eu les architectes de sortir de ce carcan pour être dans le faire. Une petite révolution qui n’empêche pas la figure de l’architecte français de faire figure d’exception, comme tout ce qui touche à la culture hexagonale.

Cette spécificité est auréolée d’un certain prestige à l’international mais apporte aussi son lot de complexité. Notamment pour ceux qui doivent faire sortir de terre les plans imaginés. En effet, l’architecte reste un créatif, un artiste. Il n’a pas traditionnellement la formation d’ingénieur comme c’est le cas dans d’autres pays même voisins de la France.

Ne pas avoir la culture de l’ingénierie de la construction place inévitablement les propositions dans le domaine de l’abstrait, du possible et non dans le réalisable.

Il faut donc reprendre, redimensionner, parfois repenser des parties complètement des parties de plans. Une frustration pour tout le monde et des besoins en délais et en coût qui peuvent s’avérer importants.

Ingénieur-architecte : le doublé gagnant

Il existe actuellement une dizaine de cursus de ce type en France. « C’est dans l’air du temps d’avoir plusieurs spécialités quand on se forme au BTP : cela permet d’acquérir une vision globale pour aborder des projets complexes, souligne Guillaume Faas, responsable de la formation ingénieur-architecte à l’École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l’industrie (ESTP) à Cachan (Val-de-Marne).

Mais ces deux cultures, avec leur histoire, leur évolution et leurs propres regards sur l’acte de construire sont-elles simple à jumeler ? Le cycle de formation nécessite une exigence d’investissement évidente. La double compétence semble également réservée à des personnes capables de faire cohabiter les deux visions. Bien que nécessaires et complémentaires, les deux faces de la même pièce semblent avoir besoin de temps avant de se comprendre et accepter leur unité.